GLOSSAIRE



- acception : un des sens d'un polysème (v. ce mot)
- actant 1) dans notre terminologie, empruntée librement à Tesnière, tout verbe a un ou plusieurs actants: les noms indispensables pour qu'il produise un sens complet; réciproquement, tout nom peut être l'actant d'un verbe. Dans Jean donne un livre à Pierre, Jean va à Paris, les noms Jean, livre, Pierre, Paris , sont des actants de donner, aller -
2) des mots abstraits, des noms (comme liberté ), des adjectifs (comme libre ), et même certaines prépositions et locutions adverbiales (comme malgré , de bon gré ) qui résultent, au point de vue sémantique, de la transformation de structures verbales, peuvent être analysés en termes d'actants.
- antonyme : deux mots ayant des sens contraires sont antonymes, ce qui suppose qu'ils ont tout de même au moins un trait sémantique en commun: ex. chaud et froid expriment tous deux la notion de température; on peut dire que l'antonymie est un cas particulier et extrême de la synonymie.
- archétype sémantique : définition prenant en compte tous les emplois figés ou semi-figés, d'un mot concret, si riche qu'aucun emploi de discours ne la réalise entièrement (v. l'article cheval dans le DFU) - elle est fondée sur des critères linguistique ce qui la différencie du "prototype" fondé sur des critères psycho-sociologiques.
- archilexème : mot qui sert de "genre" à une série de lexèmes parasynonymes , encore appelé "mot générique" ou "hypéronyme" . Ex. siège : genre de chaise, tabouret, fauteuil, canapé etc.
- archisémème : sémème de l'archilexème : ex. /objet/ /fabriqué/ /pour s'asseoir/; ou bien, s'il n'existe pas d'archilexème, ensemble sémique servant de genre à une liste de parasynonymes: ex. /meuble/ /de grande taille/ /destiné à contenir/ /des objets usuels dans un ménage/ archisémème de buffet, bahut, armoire etc.
- cinétisme : mouvement de pensée inconscient, reliant, à l'intérieur d'un polysème, une acception très pauvre en sèmes (dite subduite) ex. créneau "place vide" à une acception très riche en sèmes (dite plénière). ex. créneau "élément de fortification consistant en pans de mur alternant avec des vides de même forme et de même dimension" (v. ch. VI).
- espèce v. genre
- genre : catégorie plus large que l'espèce (du lat. species ) : ex.: siège est le genre de chaise, fauteuil, tabouret, canapé etc. Entre le genre et l'espèce existent des différences spécifiques : ex. /avec dossier/ /avec bras/ /pour une personne/ / pour plusieurs personnes/ etc. qu'en lexicologie, on appelle ordinairement des sèmes ( v. ce mot).
- homonyme : deux mots sont homonymes quand ils ont le même signifiant et des signifiés tout à fait différents, sans aucun rapport entre eux: ex. lama "animal d'Amérique" du Sud et lama "prêtre thibétain". Il y a entre ces deux mots une simple homonymie ; ils sont homonymiques
- hypéronyme ou mot hypéronymique, synonyme de archilexème mot qui sert de "genre" à une série de parasynonymes qu'on peut appeler dès lors ses "hyponymes"
- hyponyme v. hypéronyme
- isotopie : relation sémantique existant entre des mots de différentes classes grammaticales qui se sélectionnent mutuellement et s'associent tout naturellement dans une phrase: il y a une relation d'isotopie entre le verbe manger , l'adjectif comestible , le nom aliment , et tous les noms pouvant être catégorisés "aliments".
- lexème : il est commode d'appeler ainsi le plus petit élément signifiant permettant de référer précisément à un fait extra-linguistique. Ce sont les lexèmes qui permettent à la langue de parler de l'univers et de ce qui s'y passe. Le lexème se confond avec le mot simple, mais s'oppose aux affixes dans les verbes conjugués où ils n'expriment que des aspects, des temps, des voix, et dans les dérivés où ils n'expriment que des relations; il s'oppose aussi aux mots grammaticaux (prépositions, articles etc.), encore que la frontière soit relativement floue entre les deux catégories. Ex. lama est un lexème; de, le, la, les sont des mots grammaticaux. Dans march-ez , courag-eux , march- courag- sont les lexèmes, -ez, -eux sont des affixes; affixes et mots grammaticaux sont appelés morphèmes ; La lexicologie est la science des lexèmes.
- lexicaliser : lorsqu'on donne un nom à une notion, à une construction conceptuelle on la "lexicalise". Ainsi, ceux qui ont inventé le mot hypéronyme ont lexicalisé la notion qu'un mot unique peut dire ce qu'a de commun une série de parasynonymes. Toutes les langues ne lexicalisent pas les mêmes constructions conceptuelles.
- modifieur : un adjectif épithète, un complément de nom, une proposition relative, toute suite qui qualifie un nom, le précise, distingue son référent d'un autre peut être appelé modifieur : Dans Paul a une grosse bronchite, un cancer au poumon, une maladie qui le fait souffrir, on peut appeler "modifieurs" les mots grosse - au poumon - qui le fait souffrir
- monosème : ou mot monosémique : mot ayant un seul sens (ou acception), donc un seul sémème (mais bien sûr, cet unique sémème est composé de plusieurs sèmes !)
- parasynonyme v. synonyme
- polysème : mot ayant plusieurs sens (ou acceptions), donc plusieurs sémèmes en relation les uns avec les autres: ex. le mot pied : 1. membre inférieur du corps humain servant à marcher - 2. partie inférieure d'un objet concret (montagne, verre, siège etc. ) est un polysème. Ce polysème est un mot polysémique, il a une polysémie assez simple. La polysémie s'oppose à l'homonymie (v. ce mot).
- populaire : un mot est dit "populaire" quand il a été transmis du latin au français de bouche à oreille, de génération en génération, ce qui ne va pas sans transformations phonétiques plus ou moins profondes. Ex. advocatus > avoué . Au contraire, un mot est dit "savant" quand il a été, à l'origine, décalqué sur un mot latin dans des textes écrits, avec un minimum d'adaptation au phonétisme du français . Ex. advocatus > avocat .
- primitifs sémantiques : soit le mot poisson , défini par le Petit Robert "animal vertébré inférieur vivant dans l'eau et muni de nageoires". Supposons que, non contents de cette définition, nous voulions pousser plus loin l'analyse en en définissant tous les éléments, et que nous ayons la patience de recommencer cette opération sur chaque élément des définitions ainsi obtenues. Nous finirions, plus ou moins rapidement selon les cas, par atteindre des mots dont les définitions constitueraient des sortes de trompe-l'oeil : Aucun doute que l'animal serait défini comme un /être/ /vivant/ . Si nous cherchons vie dans notre dictionnaire, nous trouverons que c'est la "propriété essentielle des êtres organisés qui évoluent de la naissance à la mort en remplissant les fonctions (croissance, métabolisme, reproduction) qui leur sont communes". Or, si nous cherchons naissance et mort nous trouverons que l'une est le /commencement/ , l'autre la /fin/ de la /vie/ . La définition des définissants utilise nécessairement comme définissant le mot qu'ils étaient supposés définir. C'est le phénomène de la circularité qui, lorsqu'elle est inévitable et ne résulte pas d'une inadvertance du lexicographe, est un bon signe que le sens de ce mot est inanalysable et n'est connu qu'intuitivement; il est l'équivalent de ce qu'est l'axiome en mathématiques (le point, la ligne droite… ); on ne peut que le commenter au moyen de mots qui le supposent déjà connu. La notion dont il est porteur est ce qu'on appelle un "primitif sémantique". Mais de telles notions ne sont lexicalisées que par des mots très usuels donc très polysémiques, dont certains sens peuvent être primitifs et d'autres non. Le problème de l'inventaire des primitifs et de leur dénomination reste ouvert.
- référent : objet (concret ou abstrait) de l'univers extra-linguistique auquel un certain mot, employé dans une certaine phrase, réfère, (autrement dit, qu'il dénote , ou plus simplement, qu'il désigne )
- saisie : interruption d'un cinétisme (v. ce mot) en un certain point de son mouvement, avec production d'un effet de sens dans le discours d'un locuteur au moment où il parle (v. ch. VI) .
- savant v. populaire
- sème : élément de sens qu'on peut isoler dans un mot, par comparaison avec d'autres mots. Ex: /objet/ / fabriqué/ / pour s'asseoir/ sont les sèmes qui composent le sémantisme du mot siège qu'on peut opposer à chaise : /avec dossier/ / pour une personne/ et à tabouret : / sans dossier/ / pour une personne/. Cette opération s'appelle analyse sémique. L'ensemble des sèmes qui composent le sens d'un mot monosémique, ou d'une des acceptions d'un mot polysémique, est son sémème. Les sèmes sont des notions, lexicalisées par des mots, mais ne sont pas les mots eux-mêmes; c'est ce qu'on veut signifier en les écrivant entre barres obliques.
Ce serait une simplification commode d'étendre l'usage du mot sème aux deux catégories d'éléments de sens suivantes:
1) les marques de niveaux de langage : ex. croquenot marqué /argotique/ à côté de chaussure non marqué, de niveau standard
2) les traits de sens décelés par comparaison non de deux mots entre eux mais de deux acceptions d'un même mot entre elles: ex. le trait /régularité/ qui intervient dans la définition du verbe marcher par comparaison entre l'acception "fonctionner" et l'acception "mettre un pied devant l'autre".
3) les traits de sélection
- sémantique : 1. adjectif "qui concerne le sens d'un mot, d'une phrase, d'un signe quelconque" - 2. nom: "science des signes, notamment linguistiques". De façon vague, et sans penser précisément à une analyse sémique, on peut parler du sémantisme ou plus simplement du sens d'un mot.
- signifié de puissance : principe d'unité d'un polysème; structure mentale normalement inconsciente au moment de l'utilisation d'un mot en discours; dans un grand nombre de polysèmes, il est dynamique, et constitué d'un ou plusieurs cinétismes (v. ce mot et ch. VI). Dans d'autres il est statique et composé seulement des sèmes communs aux diverses acceptions du mot.
- structure profonde, et structure de surface : Soit les inscriptions entrée et sortie sur deux portes distinctes dans un magasin. Elles supposent la présence de deux actants humains dont l'un a autorité sur l'autre et l'affirmation de la volonté de l'actant ayant autorité. Leur sens, complètement développé est « A1 (la direction du magasin) prie impérativement A2 (la clientèle) d'entrer par cette porte-ci et de sortir par cette porte-là » . Cette formule est la structure profonde des deux inscriptions ci-dessus qui en sont la structure de surface. Par souci de brièveté et d'efficacité, la structure profonde a été transformée par nominalisation des deux infinitifs et élimination des actants laissés dans le vague. Elle est implicite, mais réellement présente sous la structure de surface qui ne se comprendrait pas sans elle. Naturellement, il n'est pas exclu qu'il y ait coïncidence entre la structure profonde et la structure de surface, c'est même un cas assez fréquent !
- subduction relation existant à l'intérieur d'un polysème entre une acception pauvre en sèmes et une acception riche en sèmes , dite "plénière" (v. cinétisme et ch. VI ) . La métaphore est un cas particulier de subduction.
- support 1) le support d'un adjectif est le nom auquel il se rapporte, quelle que soit sa fonction dans la phrase.
2) on appelle "verbe-support" un verbe de sens vague dont le rôle est de faire fonctionner dans la phrase un nom dérivé de verbe: ex. réparation , dérivé de réparer a pour support le verbe faire dans faire une réparation .
- synonyme Deux mots monosémiques sont synonymes quand ils ont exactement le même sémème, chose non exceptionnelle dans le langage technique: ex.: archilexème et hypéronyme , et plus rare dans le langage courant chaussure, soulier . Ils sont parasynonymes quand ils n'ont pas exactement le même sémème: ex. chaussure, brodequin, escarpin
Le cas le plus fréquent est que deux acceptions de polysèmes dont la polysémie s'organise de façon tout à fait différente se trouvent fortuitement en rapport de synonymie: ex. marcher et fonctionner . Le critère d'une parfaite synonymie est la substituabilité d'un mot à l'autre dans tous les contextes. En fait, on s'aperçoit la plupart du temps qu'il y a entre eux une différence de niveau de langage: ex.: et chaussure et croquenot , ou simplement des affinités avec des contextes différents, où l'un est plus naturel que l'autre. Dans le langage courant la synonymie parfaite est exceptionnelle.
- trait : manière vague de désigner tout élément de sens permettant de décrire un lexème (sèmes, niveaux de langage). On appelle notamment traits de sélection : les sèmes qui se retrouvent dans des mots de diverses catégories grammaticales et qui leur permettent de s'associer entre eux, ce qui constitue le phénomène de l'isotopie (v. ce mot)