SEXISME
Méfions-nous
des mots en –isme ! Ils désignent toujours des théories, des
idéologies. Ce sont soit des drapeaux qu'on brandit pour se différencier des
autres et défendre une cause, soit des insultes qu'on jette à la figure de ceux
qui ne pensent pas comme nous et dont le comportement ne nous plait pas! Et
c'est bien le cas du mot sexisme,
dérivé de sexe , mot savant calqué
sur le latin sexus qui, dans cette langue, était toujours suivi d'un adjectif sexus virilis
, sexe masculin ou sexus muliebris , sexe féminin.
Eh!
oui, il n'est pas possible d'être un être humain sans être soit une femme, soit
un homme . S'il n'y avait que des femmes ou s'il n'y avait que des hommes ,
l'espèce humaine ne se reproduirait pas et
disparaîtrait. Dans certaines sociétés, la naissance d’un garçon est
tellement souhaitée que beaucoup de filles sont avortées et privées du droit
de naître : conduite bien imprévoyante et terriblement
“sexiste”! Les hommes et les femmes sont complémentaires. Sauf le cas
d’homosexualité, ils sont attirés l'un vers l'autre par une force très
puissante qui s'appelle en grec Erôs , d'où l'adjectif érotique tellement employé
aujourd'hui.
Est-ce
que pour autant l'accord parfait règne entre les hommes et les femmes?
Malheureusement non! Ce qui est curieux c'est que le mot sexe n'apparaît guère en
français avant le XVIe s. , c'est à dire à une époque où un certain équilibre
qui s'était établi au Moyen Age, tend à se détériorer au détriment des femmes.
Contrairement à ce que l'on pense, au Moyen Age, une femme, en France, était plus libre qu'au XIXe s. Elle pouvait exercer toutes sortes de métiers, pouvait hériter d'un fief et le gouverner, elle avait un sceau à elle et traitait des affaires officielles. Mais par la suite elle a été traitée en mineure toujours soumise à l'autorité de son père ou de son mari. Elle n'était vraiment majeure que lorsqu'elle devenait veuve. La Révolution française ne l'a nullement libérée et le code Napoléon a consacré sa sujétion.
D'où
un mouvement féministe qui se
développe surtout à la fin du XIXe s. et qui a pour premier objet d'obtenir
pour les femmes le droit de vote, qui ne leur a été accordé, en France, qu’en
1945 ! Le mot de féminisme ,
qui apparaît en 1837, est un drapeau,
mais le mot sexisme, qui n'apparaît qu'en 1960 est une injure, formée sur le modèle du
mot racisme qui, lui, date de 1902.
Les dames accusent les hommes de sexisme,
pis encore de machisme ; elles
les traitent de machos , mot espagnol
signifiant “mâle”. Pis encore, les dames accusent
de phallocratie et traitent de phallocrates les
messieurs qui, fondant leur prétendue
supériorité sur la possession d'un petit organe appelé phallus. les cantonnent
dans les tâches inférieures, les payent moins, à travail égal, que leurs
collègues masculins, et leur rendent la vie impossible par “harcèlement
sexuel”. C'est une sorte de "racisme anti-femmes" qu'elles ressentent
comme d'autant plus intolérable qu'elles sont,
moins que par le passé, accaparées par les tâches de la maternité. Et des lois récentes leur ont donné raison,
condamnant “toute discrimination fondée sur le sexe”.
Bref,
le sexisme est une arme de la “guerre
des sexes”. Et il se pourrait que de nos jours, des hommes humiliés dans leur
orgueil de mâle accusent à leur tour les femmes de sexisme. L'idéal serait de faire la paix et de trouver un équilibre
entre les complémentarités des deux sexes. Je connais quelques bons ménages qui
y parviennent très bien.
La
tension entre les sexes ne date pas d'hier. Au 5e siècle avant Jésus-Christ,
Aristophane, Athénien, auteur de comédies,
en a écrit deux sur ce sujet, pendant la guerre du Péloponnèse qui
opposait Sparte à Athènes et épuisait toute la Grèce : Une femme de tête, Lysistrata, qui donne son nom à la comédie, organise la grève de
l'amour. Ces dames se barricadent dans l'Acropole jusqu'à ce que leurs maris acceptent de mettre fin à la guerre.
Dans une autre comédie, intitulée l'Assemblée
des femmes, il imagine que ce sont les femmes qui se rendent à la place de
leurs maris à l'assemblée du peuple pour voter de meilleures lois , ce qui lui
permet de faire la satire de son temps.
Mais, en France du moins, entre le Moyen-Age et l’apparition du féminisme, la
discrimination des femmes due au sexisme
des hommes avait ses limites. On
sait que dans un naufrage, ou en cas de
sinistre, la régle était (elle l’est
encore) de sauver "les femmes et les enfants d'abord“, ce qui
s’explique peut-être par un réflexe de
survie de l'espèce. Et dans la vie courante, les hommes bien élevés traitaient
les femmes avec courtoisie et galanterie, avaient à leur égard toutes sortes de
politesses et d'attentions délicates, et c'était une forme de discrimination
bien agréable.