RÉGION
C'est un mot savant emprunté au
latin, qui se rattache à une racine exprimant l'idée de ligne droite, de
frontière, de direction. Il est peu usité avant le XIXe s. dans le sens que
nous lui donnons aujourd'hui, qui est le moment où se développe son dérivé,
l'adjectif régional. C'est un mot
qui, aujourd'hui, a un sens géographique et un sens politique. Antérieurement,
au point de vue géographique, on parlait plutôt de pays ou de contrées, et
au point de vue politique, on appelait provinces
les grandes divisions administratives d'un royaume.
Dans son sens géographique
le mot région s’applique à des
territoires qui présentent certains caractères communs : il y a des régions
montagneuses et des régions de plaine, des régions agricoles et des régions industrielles ;
il s'applique à des territoires plus ou moins vastes : la Bretagne est une
grande région, mais la région de Quimper, la région de Rennes –
les environs de ces deux villes – sont évidemment des ensembles plus petits.
Certaines grandes ou petites régions
portent le nom de Pays (avec
majuscule) + déterminant : ex. le
Pays d’Auge en Normandie. Certains de ces pays ou régions
transcendent les FRONTIÈRES NATIONALES : ex. le Pays basque, grande région dont une partie est en France, l’autre
en Espagne, la région flamande, à la
fois française et belge. Une région
a, normalement, un CENTRE qui est une ville de quelque importance : Marie habite la région parisienne ; Jean et Sylvie la région de Caen. - Les touristes
parcourent leur région. – La plupart de leurs amis sont de la région. Une région se définit aussi par un parler
régional, comportant quelques régionalismes
inusités ailleurs, une histoire, des coutumes régionales ; certains militants, ou érudits régionalistes ont un intérêt particulier pour ce qui est régional et s'emploient à le préserver
de l'uniformisation de la vie moderne.
Au point
de vue politique, il faut envisager les rapports de la région avec les différentes formes d'États. Historiquement, la
France est un État-nation qui s'est constitué de bonne heure et a subi une
centralisation croissante sous la royauté et plus encore sous les divers
régimes, républicains ou non, qui se sont succédé après 1789. La Révolution de
1789 a remplacé les anciennes provinces par des départements plus petits,
eux-mêmes divisés en arrondissements ayant à leur tête des préfets et des
sous-préfets, fonctionnaires nommés par le pouvoir central.
Dans un état centralisé, la capitale, où se
trouvent tous les organes du pouvoir, règle dans un grand détail le sort des
provinces, laissant peu de marge de manœuvre aux instances locales. Dans un État décentralisé, au contraire, le
pouvoir central se contente d'imposer de grandes orientations politiques et
laisse aux instances locales une assez grande marge de manœuvre. Plus un État regroupe d'ethnies ou de nations,
plus il est, normalement, décentralisé.
La nécessité d'une
certaine décentralisation s'étant fait sentir dans la seconde moitié du XXe s.,
la France a préféré au mot de province devenu
péjoratif et sentant l'ancien régime, celui de région pour désigner des circonscriptions plus grandes que le
département, gérées d'une manière plus démocratique et qui ne correspondent pas
toujours aux anciennes provinces (Nantes, capitale des anciens ducs de Bretagne
est rattachée aux "Pays de Loire"). On a construit des hôtels de région pour abriter leurs
services administratifs.
Aujourd'hui, certaines
régions trouvent cette décentralisation insuffisante et souhaitent devenir
autonomes comme certaines régions d'Espagne, sinon indépendantes. Et d'autre
part la construction de l'Europe, qui est une structure fédérale, réduit la
puissance des États-nations. On parle
d'une Europe des régions favorisant
des accords régionaux. Dans ce
contexte on peut se demander quel est l'avenir de ces produits de l'histoire
que sont les grands États-nations sapés par en haut par le fédéralisme et par
en bas par le régionalisme.