PRÉCISIONS TERMINOLOGIQUES
I. POINT DE VUE LINGUISTIQUE
La première langue qu'apprend un enfant est sa langue
maternelle et toute autre, acquise par la suite, est une langue
seconde. Tout parler a sa « grammaire », même quand
aucun linguiste n'en a fait un livre. Tout locuteur communique au moyen d'un
système de phonèmes, de morphèmes, de lexèmes
régis par une certaine syntaxe. En ce sens très général,
on peut donc employer le mot langue. Mais, lorsqu'il risquerait
d'être équivoque, nous préférerons le mot idiome.
Lorsque l'usage se diversifie au point de nuire à l'intercompréhension,
on peut dire qu'un idiome engendre des dialectes. De ce point
de vue — à la différence du breton, du basque, de l'alsacien,
et du flamand — le français et les autres langues romanes sont,
historiquement, des dialectes du latin ; mais, celui-ci mort, ils ne le sont
plus, synchroniquement.
Les dialectes peuvent se fragmenter en patois,
idiomes ruraux propres, à la limite, à un seul village, que
de menues différences phoniques et lexicales démarquent de ses
voisins, mais qui rendent la communication difficile, hors d'un périmètre
restreint, à ceux qui ne possèdent pas d'autre moyen d'expression.
Non sans une certaine part d'arbitraire (on appelle « dialectes »
en chinois ou en arabe des idiomes qui diffèrent beaucoup plus entre
eux que le danois et le norvégien), l'« idiome » unitaire
originel ayant disparu, on peut décider qu'à partir d'un certain
nombre de critères convergents ou divergents, on regroupera les dialectes
en langues : d'oïl (comprenant picard, normand, wallon,
etc.), et d'oc (comprenant limousin, auvergnat, provençal, gascon,
etc.), opposées au catalan ou au castillan, (eux-mêmes subdivisés
en dialectes), ou au toscan et au calabrais auxquels se rattachent les variétés
septentrionale et méridionale du corse. La « langue »
est donc, de ce point de vue, une unité plus grande que le
« dialecte ».
Quand ces « langues » ne sont pas de simples classifications abstraites
mais ont une existence réelle et permettent aux dialectophones de communiquer
entre eux moyennant une certaine marge de tolérance (car il peut suffire
de minces particularités phonétiques ou lexicales pour brouiller
la réception du message), on peut parler d'une langue commune
ou koinê (mot appliqué, à l'origine,
au grec, forme simplifiée de l'attique parlée dans les pays
conquis par Alexandre). On parle plutôt, aujourd'hui, de langue
standard.
A côté des dialectes géographiques, on peut parler de
sociolectes, pour un ensemble d'usages propres à une
catégorie sociale.
Est francophone quiconque parle habituellement le français,
au moins dans certaines circonstances, soit comme langue maternelle, soit
comme langue seconde.
Avoir comme langue maternelle une langue officielle de grande communication
étant un rare privilège, les peuples parlant des langues
vernaculaires propres à une seule communauté d'un pays
Fortement fragmenté ont besoin d'une langue véhiculaire
pour communiquer avec les autres. Le contact de langues très
différentes a amené la formation de sabirs
(systèmes d'appoint mixtes limités à quelques règles
et à un vocabulaire restreint aux échanges commerciaux) et de
pidgins (systèmes linguistiques d'Extrême-Orient
faits d'anglais modifié et d'éléments autochtones). Par
contre, les créoles, issus du contact d'une langue
européenne et d'une langue indigène ou importée, sont
devenus langues maternelles de plusieurs communautés.
II. POINT DE VUE POLITIQUE
Au mot langue est souvent associée l'idée d'une
nation : ainsi, l'anglais parlé à New York,
à Toronto ou à Melbourne est conçu comme la langue de
l'Angleterre ; le français parlé à Genève,
à Montréal ou à Dakar comme celle de la France. Il faut
qu'ait existé une forte unité politique et un certain rayonnement
culturel, pour qu'un dialecte ait acquis le statut de langue officielle,
statutairement employée dans un Etat pour la rédaction
des textes qui en émanent. C'est l'idiome dominant des milieux au pouvoir,
socialement prestigieux, promu au rang de « bon usage » ou norme
qui transcende et marginalise toutes les autres, codifiée,
enseignée et respectée par toutes les instances officielles.
Revendiquer pour un idiome régional le terme de « langue »
revient à attacher plus d'importance à l'identité culturelle
de communautés se définissant elles-mêmes qu'à
celle de la nation, dont on conteste l'unité ou du moins la centralisation.
La diglossie est la pratique alternée d'un sociolecte
populaire, et de la langue standard officielle. Lorsque celle-ci est absolument
différente de la langue maternelle (ex. basque, breton), les locuteurs
possédant parfaitement les deux sont bilingues. Certains
Etats, notamment africains, confèrent, sous le nom de langue
nationale, ne jouissant pas des mêmes prérogatives que
la langue officielle, un statut légal à l'idiome d'importantes
ethnies.