Jacqueline PICOCHE et Jean-Claude ROLLAND – Dictionnaire du français usuel, 15000 mots utiles en 442 articles, version papier 1064 p. et version cédérom, avec possibilité de cédérom en réseau – Bruxelles 2002 , éd. Duculot - De Boeck,
Jacqueline Picoche , agrégée de grammaire et docteur es lettres
a publié de nombreux ouvrages concernant le lexique. Elle est professeur
émérite à l’Université de Picardie. Jean-Claude
Rolland qui a exercé de longues années dans les instituts français
à l’étranger (Soudan, Singapour, Egypte, Espagne) et au
Centre d’Etudes Pédagogiques de Sèvres, spécialiste
de la grammaire et du lexique, a une grande expérience de l’enseignement
du français langue étrangère.
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Comment définissez-vous la démarche
qui a présidé à la rédaction de ce dictionnaire
?
Notre démarche est essentiellement pédagogique. Mon collaborateur
Jean-Claude Rolland est spécialiste de l’enseignement du français
langue étrangère. Moi-même, j’ai voulu que les longues
recherches que j’ai menées sur la sémantique lexicale et
les problèmes de la polysémie aient des applications pratiques.
J’ai d’ailleurs été professeur dans le secondaire
pendant douze ans au début de ma carrière. Je ne suis donc pas
totalement inexpérimentée en ce domaine. Nous avons essayé
de présenter les choses de façon absolument simple et accessible
à quiconque n’a aucune formation linguistique, par exemple des
parents qui voudraient aider leurs enfants à acquérir un bon niveau
en français. Nous avons évité toute terminologie qui ne
soit pas celle de la grammaire traditionnelle la plus élémentaire,
en adoptant un système d’actants numérotés (A1, A2,
A3, etc.) qui donnent un petit air algébrique à certaines de nos
formulations mais auquel les enfants, comme nous l’avons expérimenté,
s’adaptent très facilement. Précisons de plus que, toujours
dans un souci de simplicité, nous avons appliqué les rectifications
et recommandations orthographiques adoptées par l’Académie
Française en 1990. Notre préface donne toutes précisions
à ce sujet.
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Pourquoi n’avoir consacré d’article
qu’à 442 mots dits « mots-vedettes »
?
Parce que notre principe est d’aller du connu à l’inconnu
et de montrer les mots en fonctionnement dans le réseau de leurs relations
naturelles. Nous avons fondé nos choix sur les travaux du statisticien
Etienne Brunet qui a montré que les mots de fréquence supérieure
à 7000 de la liste de fréquence décroissante du Dictionnaire
des Fréquences du Trésor de la Langue Française, qui sont
907, et que nous appelons de “hyperfréquents”, couvrent 90%
de l’immense corpus du TLF. Nous avons éliminé les mots
grammaticaux et procédé à des regroupements. Certains de
nos articles ont pour entrée deux et même trois mots-vedettes.
Ainsi, LOURD et LÉGER - SAVOIR et CONNAITRE - BLANC et NOIR - FILS, FILLE
et GARÇON - FALLOIR, BESOIN et NÉCESSAIRE. Le chiffre de 442 a
été atteint empiriquement. Il représente, pour chaque article,
une moyenne de 34 mots de moindre fréquence ayant entre eux et avec le(s)
mot(s)-vedette(s) de fortes affinités sémantiques. Ces articles
sont en quelque sorte de grandes leçons de vocabulaire adaptables à
toutes sortes d’apprenants pour un enseignement systématique du
lexique.
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Comment les 15000 autres mots présents
dans le dictionnaire peuvent-ils être recherchés
?
Ils sont regroupés dans un index qui renvoie à l’article
et à la subdivision de l’article où ils sont traités
et apparaissent en capitales grasses. Ces mêmes mots apparaissent à
d’autres endroits en capitales maigres, ce qui constitue un système
de renvois d’un article à l’autre. Mais il faut bien comprendre
qu’il s’agit d’un dictionnaire d’apprentissage, pas
d’un dictionnaire de consultation, ou si l’on veut, d’encodage,
pas de décodage. Si vous voulez connaître rapidement le sens d’un
mot technique un peu rare, cherchez plutôt dans le petit Larousse. Notre
ambition est de donner aux apprenants une panoplie de mots permettant à
tout francophone de communiquer avec un autre francophone sur un sujet quelconque
non étroitement spécialisé. Beaucoup de noms appartenant
à un domaine restreint n’y figurent pas. 15000 mots, c’est
peu si on considère que la dernière édition du Petit Robert
en compte quelque 60 000 mais c’est beaucoup si on considère qu’une
moyenne de 10000 mots a suffi à des auteurs aussi différents qu'Aragon,
Bernanos, Giraudoux, Colette, Mauriac, Malraux, Sartre, Camus, pour l’ensemble
de leur œuvre dépouillée. D’ailleurs les listes lexicales
sont toujours susceptibles d’enrichissement. Nous ouvrons des pistes.
À chacun de les prolonger, s’il en éprouve le besoin, par
ses propres ajouts.
Nous avons au maximum évité l’encyclopédisme, estimant
que le rôle du professeur de français est d’enseigner le
fonctionnement de la langue et non de donner des leçons de choses. D’où
l’importance toute particulière accordée aux verbes. Toutefois,
nous n’avons pas pu en éliminer une certaine dose dans les articles
ayant pour vedette un nom.
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Pouvez-vous décrire la structure des
articles et en expliquer le principe ?
La structure de l’article est calquée sur les mouvements de pensée
qui sous-tendent la polysémie du mot-vedette. Toutes les fois –
et elles sont nombreuses – où cela correspond à la réalité,
nous allons du plus concret au plus abstrait, du plus riche au plus pauvre,
par soustraction et non par addition de sèmes. Chaque grande partie a
pour titre un exemple-type d’une grande banalité, doublé
de sa formule abstraite permettant la généralisation à
d’autres cas. Nous accordons une importance spéciale aux locutions
figurées, figées ou semi-figées, signalées par le
signe , et nous les situons à la place de l’article où elles
sont le plus facilement intelligibles.
Quand il y a lieu, l’article commence par citer les bases savantes servant
à former des dérivés : Ainsi AQU- et HYDR(O)- en tête
de l’article EAU.
Dans la mesure du possible nous préférons donner à comprendre
le sens des mots par le jeu des contextes plutôt que par des définitions
abstraites.
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Ce dictionnaire a été principalement
conçu pour les enseignants et tout particulièrement ceux du collège.
Comment les professeurs de français peuvent-ils utiliser le dictionnaire
pour préparer leurs cours ?
Il est certain que le volume papier est trop massif pour se prêter facilement
à la photocopie – encore que ce ne soit pas impossible - et qu’on
ne peut pas espérer que les élèves, en classe, en aient
un nombre suffisant d’exemplaires pour le feuilleter commodément.
Il n’en va pas de même avec le cédérom dont le professeur,
s’il est équipé, peut imprimer certaines parties, et surtout
avec le cédérom en réseau, si l’établissement
où il enseigne possède une salle d’ordinateurs facilement
accessible. Dans l’hypothèse où il ne disposerait que de
la version papier, la préparationdu professeur consistera à se
mettre en tête les oppositions de sens qui peuvent donner à réfléchir
à son auditoire, et à constituer la petite collection de mots
dont il invitera les élèves à se servir pour un exercice
donné.
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Quelle utilisation du dictionnaire peut-on faire en classe et pour
quel type d’activités ?
Ce point est traité dans la préface qui a pour titre “Présentation
et mode d’emploi” et que nous engageons vivement l’utilisateur
à lire. Ce dictionnaire ayant pour finalité de donner aux apprenants
les outils dont ils ont besoin pour s’exprimer de façon souple
et juste, nous concevons son utilisation avant tout comme une préparation
orale à la rédaction et à l’explication de texte,
ou à divers jeux de rôles. L’expérience prouve que
les idées viennent aux élèves au fur et à mesure
qu’ils découvrent des mots qu’ils ignoraient ou auxquels
ils ne pensaient pas. Et rares sont les articles qui ne suggéreront pas
à l’enseignant un ou plusieurs sujets à traiter. Exemple
: En 6ème, à propos de l'épisode d'Ulysse et du cyclope
dans l'Odyssée, on pourra travailler sur le thème de la ruse au
moyen de l’article TROMPER et de l'article FIN (III,4.). En 5ème,
envisageant de traiter le thème de la vaillance et celui de la courtoisie
à l'occasion d’extraits d'Yvain, le chevalier au lion, on pourra
utilisera les articles OSER et MANIÈRE (III, 4). On pourra aussi, si
l’auditoire est suffisamment réceptif, faire classer des exemples
donnés en vrac aux élèves, comme s’ils avaient eux-mêmes
à faire un article de dictionnaire pour leur faire sentir l’intérêt
des “figures” et les rapports des divers emplois entre eux…
Il va sans dire, enfin, qu’il y a là une mine d’exercices
à trous, qui ne sont guère que des exercices de contrôle,
mais qui peuvent avoir leur utilité pour préciser certains points
particuliers.
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Quelle est la raison d’être du cédérom
qui complète le dictionnaire
?
La version papier présente l’avantage de donner d’un seul
coup d’œil une vue d’ensemble de l’article consulté,
généralement assez long, sans avoir à le faire défiler.
Mais la version cédérom donne une rapidité beaucoup plus
grande à la recherche des mots et à la circulation d’un
article à l’autre par le système des renvois (mots en capitales
maigres sur lesquels il suffit de cliquer). Par surcroit, il permet une recherche
“plein texte” d’un mot, et même d’une partie de
mot (préfixe ou suffixe) en dehors du système de renvois par capitales.
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Comment peut-on utiliser ce cédérom
en classe ?
On peut l’utiliser si le collège a bien voulu acheter la version
“cédérom en réseau”. Dans ce cas, le professeur
peut faire apparaître sur les écrans des élèves la
page qui lui semble utile et les faire passer d’une article à l’autre
au gré des besoins de leur expression. C’est évidemment
le moyen de l’utiliser en classe de façon optimale.