LA FLAMIQUE A PORJONS


Sous le nom français de flamiche aux poireaux, elle s’est étendue des rives de la Somme sur toute la France et au-delà, à l’instar de la Pizza qui a émigré de Naples dans toutes les parties du monde où l’on trouve de la “restauration rapide.”

Tout le monde la connaît et sait que c’est une sorte de quiche dans laquelle les lardons sont remplacés par des poireaux coupés finement.

Pour un bien, o patritcheu éne pate conme échlo qu'o froète pour ène tèrte. O l'rimplicheu à foait aveuc édz œus au lait, qu'o éreu yeu soin dvant d'y métte éddin éne boéne dose éd sé, pi coér du poéve à vo gout, pi qu'oz y éreu touillè ddin vos poérions décopès. O n'aveu pu qu'à ll'inforner.
Pour pérfoaire, i veut miu foaire tchuire vo pate à blanc, un tchot momint durant : du coup, ch'fond d'tèrte i n'sro point boéyénnè durant l'tchuisson d'chés lédjémes. Tant qu'à vo mérmitonnerie, est coér pu boin si oz aveu yeu soin d'foaire rissoler un molé chés poérions din un molé d'beurre édvant d'touiller. A rinforchro éch gout !

Traduction en français :

Donc, vous faites une pâte brisée comme pour une tarte et vous l’emplissez d’œufs au lait fortement additionnés de crème, salés, poivrés, mêlés aux morceaux de poireaux, et vous enfournez. Vous avez tout avantage à faire cuire à blanc la pâte pendant un certain temps, si vous voulez que le fond ne soit pas détrempé, et, préalablement au mélange, de faire revenir les morceaux de poireaux dans un peu de beurre. Ils auront plus de goût !

Additionnons cette recette simple d’un peu de sauce étymologique :

Le mot flamiche et sa variante picarde flamique ne pose pas de problème. C’est évidemment un dérivé de flamma, la flamme, non qu’on fasse flamber une pâte à tarte, mais parce qu’on l’enfournait jadis dans le four, avant le pain, pendant qu’on faisait flamber le fagot destiné à le chauffer. C’est un mot assez répandu dans divers parlers d’oïl mais qui peut désigner toutes sortes de galettes et de pâtisseries simples, la variante à porjons semblant particulière à la région des hortillons, ces îlots tourbeux de la vallée de la Somme où des maraîchers cultivent (faut-il dire cultivaient ?) toutes sortes de légumes, dont les fameux poireaux, qu’ils allaient vendre au marché sur l’eau à Amiens.

Et le porjon ? Ce légume s’appelait en latin classique porrum, vraisemblablement refait en *porreum en latin vulgaire, auquel a été adjoint, dans le nord de la Gaule le suffixe –o/-onis, probablement sous l’influence qu nom de l’ognon unio/unionis. On part donc d’une forme d’accusatif *porione où le groupe –ry- a évolué en –rj-, ce qui n’est pas sans exemple.
Pendant ce temps, en français d’Ile de France, porrum était additionné du suffixe –ellum qui a évolué vers –eau en français de Paris, -iau dans de nombreux parlers. Donc, les Français ont dit porreau pendant des siècles, non sans avoir la possibilité d’employer la mystérieuse forme poireau qui attestée à partir du XIVe s. et a fini par éliminer porreau en français standard. Tout ce que les étymologistes ont trouvé pour l’expliquer est l’influence du mot poire ! Autant l’influence de l’ognon sur le poireau me semble admissible autant celle de la poire me rend perplexe !